Tour de Corse Historique 2013

Longa vita a u Giru di Corsica Storicu!

Le compte rendu de Frank Servais (équipage N° 15, Servais-Rick, Porsche 911 RS 2.7 Groupe 3, Période H1), du Tour de Corse Historique 2013, du 8 au 12 octobre 2013.

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Cette édition est particulière pour plusieurs raisons : tout d’abord, le plateau record dans lequel, parmi ceux que je connais, je compte au moins 30 équipages qui seront devant. Pour cette 7ème  participation,  notre équipe dispose d’atouts sérieux, en particulier :

–          d’une voiture suivie et préparée très minutieusement par Manuel Pereira

–          de 2 trains de pneus Michelin TB5 (plus larges derrière que d’habitude)

–          d’une copilote super pro (Martine Rick)

–          d’une assistance super pro (André Caruso, Olivier Caruso)

–          de reconnaissances sérieuses (7 jours, 3 passages)

–          du numéro de départ 15

Classés 7èmes en 2012,  nous nous sommes vus attribuer le numéro de départ 15, qui nous assure de partir dans des conditions parfaites pour la première étape, qui plus est, disputée de nuit.

La veille, André et moi sommes allés régler la rampe de phares, il est vrai sous la pluie. Ce réglage nous a paru ok mais, en fin de course dudit réglage, nous ne pouvons faire mieux pour éclairer plus haut.

La voiture elle-même a été réglée très haute par Manu,  et plusieurs personnes m’en ont fait la remarque. Je ne connais pas suffisamment la préparation pour pouvoir me faire une opinion, et j’ai confiance en Manu. Il est vrai que l’un de ses arguments est qu’à chaque retour de Corse, la voiture est sérieusement endommagée en dessous ; il s’agit donc également de préserver la voiture.

En résumé, nous attendent : 18 spéciales, dont les 2 premières de nuit (que je redoute), pour un total de  330 km de spéciales et de 860 km de liaison, en 5 étapes.

1ère étape

Nous abordons la nuit un peu la peur au ventre. Très vite, nous constatons que les phares sont trop bas. Du moins, entre le réglage du châssis très haut, associés à des amortisseurs peut-être trop souples, en course, l’assiette change suffisamment pour que la vision ne soit pas terrible. Dès que je freine, l’éclairage est beaucoup « trop près », et dès que je remets les gaz, trop haut.  Je suis aussi stressé par le fait que je suis sorti plusieurs fois lors de 1ères spéciales, et que le rallye est très long. Donc chi va piano … Nous sommes là en fin d’étape, bien que dans les tréfonds du classement… un coup pour le moral.  Dans l’ES1, nous avons fait le 51ème temps (137 classés), à 1 minute d’Andruet qui fait le scratch. Enorme sur 8.45 km !  Dans l’ES2,  c’est un 44ème temps, à 1’03 d’Andruet, sur 9.96km, tout aussi calamiteux. Nous dormons sur la 45ème place au général sur 137 classés.

2ème étape

Dans Novella – Pedano, une spéciale que j’apprécie, nous partons cette fois avec l’envie de nous rattraper. Pas encore tout à fait dans le rythme et avec une tenue de route changeante. Dans la 2ème partie, très large, roulante, rapide, mais glissante, la voiture part plusieurs fois, et je comprends rapidement qu’il ne faut pas prendre trop de risques. Nous faisons cette fois le 27ème temps, et sur 19.35 km, nous concédons 53 secondes à Gérald Toedtli, qui fait le scratch devant Andruet à la surprise générale. Mais cette fois, ceux qui sont devant sont ceux qui doivent y être !  Par contre, Erik Comas et Jean-Pierre Lajournade, des imbattables, abandonnent.

Notre Tour de Corse est lancé !

ES4, Canari – Cagnano, une longue spéciale de 28.85 km. La tenue de route s’avère très mauvaise dans la seconde partie en sous-bois, humide, et je me bats pour garder la voiture sur la route. Impensable de faire un temps. Nous faisons le 31ème chrono, à 1’48 de Padrona, qui se montre le plus rapide, devant les Toedtli. Nous rejoignons l’assistance et je parle des soucis de tenue de route à André. Alors que nous repartons, après un rapide contrôle du temps disponible par Martine, nous revenons à l’assistance, qui nous changent les amortisseurs arrières en un temps record : moins de 10 minutes ! Quelle super équipe qu’André et Olivier Caruso !

ES5, Barcaggio, 10.33km. En raison de la réfection de la route avec un dépôt massif de gravier, l’organisation décide de repousser le départ d’un ou 2 km, sans pour autant augmenter le temps imparti, et comme le routier était très court, nous arrivons au CH dans notre minute au pointage, non équipés, pas à notre affaire. Ou se trouve le départ dans nos notes ? Martine a de la peine à s’attacher, le HANS la gêne (notre harnais n’est de loin pas optimal), et nous prenons le départ très stressés. La spéciale est piégeuse à souhait ; les 400 premiers mètres sont plein de gravier. Nous faisons le 31ème temps, à 36 secondes de la tête, Jean-Marc Manzagol, le fils de Jean-Pierre. Mais la tenue de route est retrouvée, la confiance revient. Ouf.

ES6 Venturi – Minerbio, 18.9km, 23ème temps à 1’02 du 1er,  Valliccioni-Cardi sur R5 Turbo 1. Spéciale très piégeuse : la route, en réfection sur de nombreux kilomètres, est davantage une piste de caillasse qu’une route goudronnée. Je suis content de bien finir.

En fin de cette 2ème étape, nous sommes très heureux, avec une voiture qui va bien, très bien même, de figurer au 29ème rang au général. Pierre Bonnardel abandonne sur soucis mécaniques.

3ème étape

Au fil des spéciales, nous réalisons les 27, 25, 20, 21èmes temps (dont la spéciale que je préfère, Notre Dame de la Serra). Tout va bien. Nous remontons surtout du fait des abandons, mais c’est aussi cela le rallye !

Lors de la dernière spéciale de l’étape, Notre Dame de la Serra, magnifique, tout à l’attaque, nous terminons épuisés à l’arrivée, et avec le pneu avant gauche usé à la corde, vraisemblable signe de problème de réglage du châssis… Le pneu avant droit quant à lui, est normalement usé, sans doute à mi-usure.

En fin de cette 3ème et bonne étape pour nous,  la 22ème place au général nous laisse entrevoir le top 20.

Nous montons les gommes neuves, et notre équipe d’assistance constate que le réglage du châssis a dû bouger : en effet, il y a une différence de hauteur anormale entre l’avant gauche et l’avant droite. Nos mécanos essaient de corriger un peu le tir.

4ème étape

Une journée  surtout marquée par la suite de l’usure anormale de notre pneu avant gauche. Après 2 spéciales, nous permutons les deux pneus avant. André est tout a fait rassurant (et Dieu que c’est important !)  Nous avons toujours le premier pneu avant droit, à mi-usure, que nous pourrons toujours monter lors de la dernière journée, pour finir.

5ème et dernière étape

Nous cherchons à remonter 1 à 2 places au classement général, en particulier sur le concurrent Corse, Daniel Rognoni qui, en fin de 4ème étape, pointe avec 1’06 devant nous.

Le temps est à la pluie, et nous décidons de monter nos pneus « pluie » (TB 15) avant la première spéciale, sachant que nous devrons les garder pour 2 épreuves, étant donné que nous n’aurons la possibilité de repasser en pneus « secs » qu’après la spéciale de Bavella.

Avec les pneus pluie, l’avantage des « Groupe 4 » est largement diminué, car ils montent également, avec ce type de pneus, des jantes et des pneus plus étroits, identiques aux nôtres.

ES15 :  nous prenons 17.5 secondes à notre lièvre… Tandis que Barrile, Philippon, et Auto Wan abandonnent ; les deux premiers sur sortie de route sans gravité, le dernier sur casse mécanique.

ES16 : nous prenons 9 secondes.

ES17 : c’est la spéciale de tous les dangers. Pourrie, hyper piégeuse, défoncée, hyper glissante en sous-bois,  je crois plusieurs fois avoir une crevaison, tellement la voiture est limite. Nous reprenons 27.7 secondes encore et, avant la dernière spéciale, nous sommes 8.3 secondes derrière Rognoni. Louis Antonini perd beaucoup de temps suite à une crevaison, et nous passe derrière.

ES18 : trop c’est trop. C’est peut être hélas, la spéciale que nous avons le moins bien reconnue, tout simplement parce qu’en reconnaissances, lorsque nous sommes arrivés sur la zone, un rallye moderne s’y déroulait. Dès que cette compétition s’est terminée, nous avons rencontré toutes sortes de véhicules lors de nos passages de reconnaissances (pompiers, commissaires, équipes d’assistance qui ressortaient leurs voitures). Et comme il s’agissait de la dernière spéciale du Tour, nous avons pensé que cela suffisait, laissant peut-être passer de petites corrections, des repères. Partis le couteau entre les dents (et Rognoni, aussi), tout se passe bien jusqu’à un carrefour, 1 ou 2 km avant la fin du rallye. Trop optimiste, ou un peu déconcentré par les nombreux spectateurs, je n’arrive pas à prendre le virage, plus serré que je ne le pensais et, en catastrophe, je laisse sortir la voiture tout droit sur un petit monticule de terre. Elle s’arrête dedans, cale. Le temps de passer la marche arrière, de faire la manœuvre et de repartir, le gain de position est perdu. C’est près de 30 secondes concédées à Rognoni, qui finit 36 secondes devant nous.

Quelques points marquants

Le verre de rosé offert à l’arrivée d’une spéciale…

Les croissants et bouteilles d’eau, à Quenza (Sole e Monti, chez Félicien Balesi, concurrent en VHRS)…

Les délicieux casse-croûtes lors des parcs de regroupement, avec le délicieux rôti de veau (Maccinagio), la salade de pâtes et le crumble à Solenzara,  la charcuterie, le fromage, les beignets au bruccio à La Porta)…

Trois « frayeurs » : un tout-droit avant d’arriver à la Porta, un freinage sur une route super glissante, sale, humide, pleine de mousse et de mousse de châtaigne, rapide remise en route et marche arrière,  le bouclier avant un peu froissé… Puis un freinage tardif avant un pont, avec un grip retrouvé de justesse permettant de prendre ledit pont… Un tout-droit alors que nous étions à l’attaque totale, dans la dernière spéciale, espérant passer Rognoni et prendre la 16èmeplace. Remise en route du moteur, marche arrière en laissant sur place la grille décorative du bouclier avant… et nous finissons 17èmes au général,  alors que Rognoni, aussi à l’attaque, sort juste après la ligne d’arrivée et rentre dans une fontaine fleurie…

Les bons pneus au bon moment, en montant les TB 15 (pluie) juste avant la première spéciale de la dernière étape, mouillée du dernier jour, puis Bavella en descente. Super glissante au départ, la moitié de la spéciale est sèche et les pneus pluie sont rapidement usés, mais la sécurité est primordiale (Barille et Philippon sont sortis sur cette ES).

2 spéciales longues : Notre Dame de la Serra, magnifique, tout à l’attaque… équipage épuisé à l’arrivée, le pneu avant gauche usé à la corde, signe de problèmes de réglages du châssis… Egalement l’ES de La Porta, si défoncée et piégeuse, qui restera sans doute dans toutes les mémoires.

Un arrêt en fin d’étape 2, peu avant Porto, ou une petite dame tient une roulotte-stand avec des boissons, des paninis… où un groupe de spectateurs applaudissait au passage des concurrents.  Une délicieuse Pietra, servie dans un verre sortant du frigo, un délice.

Notre fantastique équipe d’assistance, menée par André CARUSO et son cousin Olivier CARUSO, préparateur réputé de la région de Nice, qui ne refusera jamais d’aider un concurrent dans le besoin, effectuant plusieurs dépannages. Il s’est aussi occupé de plusieurs de ses clients, les aidant à mettre le moteur en route,  réparant une panne d’allumeur pour un concurrent Norvégien, et ceci sans jamais enlever quoique ce soit à notre assistance simplement parfaite,  toujours avec le sourire, sans signes de stress ou de fatigue.

Quelle merveilleuse copilote, que Martine Rick, copilote professionnelle de Jean-Claude Andruet, puis plus récemment de Jean-Luc Alféro ! A la retraite mais pleine d’énergie, d’enthousiasme, de gentillesse, toujours à la recherche de la lecture de notes parfaites, et avec qui nous faisons un fantastique équipage.

La voiture, dite « La Mémé », au top de la préparation par Manuel Pereira, du Garage du même nom. La voiture a été top du début à la fin, sans aucune fausse note, le principal travail de l’assistance ayant été de rajouter de l’essence, de changer les roues, de faire les niveaux et tous les contrôles de routine. Il est toujours possible de vouloir faire mieux, mais ce que Manu a fait doit rendre jaloux la majorité des autres concurrents !

Au final :

17ème place au général sur 76 classés et 51 abandons (139 voitures au départ en VHC). 7ème de la période H1 sur 33 classés, 1er du Groupe 3.

Et en route pour le Maroc, avec هذاالغزال

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