Maroc Historique 2014

Compte-rendu du Rallye du Maroc Historique 2014

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Les reconnaissances

Arrivés le lundi matin assez tôt, nous avons pris la route avec un Pajero de location, Martine et moi, en direction de Ouarzazate, où nous avons reconnu 2 spéciales, puis nous sommes remontés sur Demnate, en empruntant un routier difficile, puis 2 spéciales très cassantes. Un moment de grand bonheur quand nous sommes arrivés à notre chambre d’hôtes, Maison d’hôtes Tizouit, tenue par un charmant couple franco-suisse.

Le lendemain, nous avons reconnu les spéciales nous menant à Khénifra (hôtel assez moyen, l’Hôtel Atlas Zayane), puis nous avons pris la route pour la région de Marrakech, où nous avons reconnu les 4 dernières spéciales du rallye. Rejoignant Agadir, et dans la foulée, 3 passages de l’ES1 de Paradis-Plage, si importante pour le déroulement du rallye.

D’Agadir à Tafraout, reconnaissance des spéciales du 2ème jour, puis du 3ème jour avec retour sur Agadir, où nous avons retrouvé la Gazelle et notre équipe d’assistance.

Un passage dans l’ES1 avec Julien Guyot, Martine donnant les notes depuis le siège arrière, et quelques conseils essentiels (tirer-glisser des mains sur le volant, contrôle de la respiration, limitation de l’amplitude des coups de volant).

On retrouve nos amis de l’organisation, les équipages, les équipes d’assistance, les photographes, speakers, etc., puis vérifications administratives et techniques le samedi, avant une mise en parc fermé à Agadir.

Le rallye

Etape 1

C’est le dimanche matin que nous prenons la route avec la Gazelle pour Paradis-Plage, à une trentaine de km d’Agadir où, après avoir entré la voiture au parc de départ, nous avons pu profiter d’un repas offert par notre ami Khalid Kabbage, le propriétaire de ce luxueux complexe hôtelier, puis après une photo de groupe et un briefing, l’attente se fit longue avant de prendre la route pour une très courte liaison et le départ de l’ES1.

Un peu tendus pas l’attente, puis arrivant presque à la bourre, nous avons dû nous équiper en vitesse. Un départ un peu raté, puis les premières impressions très moyennes, les difficultés arrivant à une vitesse dont nous avions perdu l’habitude. Quelques imprécisions dans les notes, et nous faisons le 41ème temps, loin de notre objectif d’être dans les 30 premiers, permettant ainsi de bénéficier d’un départ toutes les 2 minutes.

Etape 2

Le lendemain, nous partons en direction du sud, et nous enchaînons 2 spéciales, un regroupement, puis 2 spéciales avant d’atteindre notre étape de Tafraout, où nous avons choisi d’être logés dans un bivouac de tentes (dites de luxe). La surprise du premier jour étant passée, les spéciales nous permettent de reprendre confiance et de remonter une dizaine de places au classement.

Etape 3

La première du jour est la fameuse spéciale des Pierres Peintes, très difficile dans sa partie médiane, hors-piste, dans des traces très sablonneuses et délicates, avant une partie finale très rapide et roulante.

Nous avons décidé de frapper un coup dans la plus longue spéciale du rallye, FINT, 35 km, précédée d’un très long routier. Notre équipe d’assistance devait se tenir prête avant l’entrée de la spéciale pour monter des pneus neufs, et ainsi, au moins psychologiquement, avoir des conditions optimum pour faire un bon temps. Le routier fut avalé à une vitesse élevée et nous avons gagné une bonne demi-heure pour faire cette assistance dans de bonnes conditions. Mais avec l’adrénaline au top, nous avons manqué notre assistance et nous nous sommes retrouvés 15 km plus loin, avant le CH de l’ES de FINT, et pas d’assistance… Catastrophe car nous n’avions pas non plus assez d’essence pour la spéciale. Pour couronner le tout, le téléphone ne passait pas. Nous avons décidé, Martine et moi, de revenir en arrière de 15 km, car il y avait une station, et de faire le plein, et ainsi limiter les dégâts, car nos pneus étaient encore raisonnablement bons. Les 15 km de routier avalés à fond (attention en croisant la colonne des concurrents), nous retrouvâmes à la station notre assistance, qui nous fit le plein. Les pneus seraient pour demain. A fond pour pointer dans notre minute, mais moralement très chauds.

Nous signerons notre meilleur temps dans cette fameuse spéciale (11ème) ! (Les classements publiés ne sont pas corrects, les commissaires ayant fait une erreur d’une minute, corrigés a postériori, puis reperdus au final.)

La spéciale redoutée des Studios de Cinéma de Ouarzazate, où j’avais connu bien des déboires l’an passé (câble d’embrayage sectionné, erreur de parcours, pas trouvé la sortie de la spéciale) comporte plusieurs énormes pièges, que nous avons bien négociés, et c’est très contents que nous arrivons en fin d’étape à Ouarzazate, pour une assistance à notre hôtel, pouvant même, après une douche réparatrice, siroter un verre de rosé sur la terrasse surplombant les équipes d’assistance à l’œuvre dans la cour.

Etape 4

Nous avions, lors des reconnaissances, noté que cette journée devait être sacrifiée, parce que les spéciales ainsi que les liaisons étaient dans un très mauvais état, en particulier des nombreuses fissures longitudinales, bordure défoncées et érodées pas l’eau (une roue dedans et c’est fini !). Après un long routier, 2 spéciales s’enchaînent sans aucune possibilité d’assistance.

C’est dans la première qu’il y a 2 ans, nous avions cassé l’arbre de transmission de notre Ford Escort (Stéphanie Chmelnitzky et moi), et passé des heures au bord de la piste à attendre que tout le rallye soit passé avant de pouvoir nous faire remorquer, ce qui a été un cauchemar en raison de la poussière levée par le tracteur).

C’est donc sur la réserve et avec prudence que nous avons, comme nous l’avions décidé, enchaîné les 4 spéciales de la très difficile journée, traversant l’Atlas en altitude depuis Ouarzazate dans des paysages extraordinaires.

C’est le « défaut » des reconnaissances, car ceux qui n’avaient pas reconnu ont roulé « à vue » et, non conscients des pièges et de l’état des pistes, ont pris plus de risques que nous. Nous avons reperdu quelques places au classement général en arrivant à Bin El Ouidane.

Etapes 5, 6 et 7

Nous n’avions pas reconnu les spéciales 16 à 21, mais grâce à l’excellente lecture de Martine des notes d’Yves Loubet, nous nous sommes fait la réflexion que nous allions plus vite sans avoir reconnu, et en particulier pour les pistes très piégeuses et difficiles, comme la spéciale 19, qui vit plusieurs concurrents partir à la faute. La voiture toujours parfaite, nous avons pu nous concentrer sur le pilotage et le plaisir fut au rendez-vous. Nous remontions régulièrement au classement, jusqu’à atteindre la 16ème place, puis, sans doute sur la défensive pour la dernière journée, nous avons dû laisser passer quelques concurrents, plus performants et moins prudents que nous.

Bilan

Pour ma 3ème participation au Rallye du Maroc Historique, le bilan ne peut être qu’hyperpositif. Il y a le résultat, le top 20, mais il y a surtout l’énorme plaisir que Martine et moi avons eu à parcourir ces 500 km de spéciales sans l’ombre d’un problème.

En ce qui concerne la Gazelle, sans aucun doute, la bonne formule est de favoriser en tout premier la fiabilité. Au Maroc, cela revient à préparer une voiture qui ne connaît pas de problèmes de surchauffe, dont les suspensions sont très performantes, et dont la boîte à vitesses et l’embrayage sont fiabilisés.

Bien-sûr, il ne faut pas s’arrêter là, et ce sont des dizaines de points de détails qui font la fiabilité de la voiture, le bon choix de pneus, d’excellents freins, une excellente protection du châssis et des transmissions, un circuit électrique fiabilisé.

Mais tout cela ne sert à rien sans une assistance du plus haut niveau, basée non seulement sur la routine, mais aussi sur la prévention pure et dure, comme le remplacement quotidien du filtre à air, celui du filtre à essence à mi-rallye, une vidange du moteur et de la boîte à mi-rallye, le remplacement des pneus à temps.

Un énorme coup de chapeau à André Caruso et son équipe (Eric Minot, Olivier Caruso, le papa d’André) pour la préparation de cette voiture extraordinaire, toujours à l’écoute de mes idées et opinions d’amateur. L’assistance a été une pure merveille, toujours au rendez-vous, toujours avec les bonnes pièces et outillage, et toujours, là aussi, à notre écoute, à Martine et à moi-même, tant sur le plan technique que du confort (nourriture, boissons, etc.)

Une mot d’éloges également pour Julien Guyot, qui a cumulé les fonctions et les défis, me permettant d’acquérir et de travailler les clés du pilotage sur terre grâce au stage de 2 jours sur le circuit et les installations de Monteils (www.drivecontrol.fr), où toute l’équipe de Christian Domergue fait un travail formidable. Julien a joué le rôle d’instructeur, de coach, d’assistance rapide, de photographe, allant jusqu’à trimbaler pendant tout le rallye une bouteille de rosé maintenue en permanence au frais… et que nous n’aurons pas bue pendant le rallye ! Il a utilisé une débauche d’énergie invraisemblable pour nous offrir, au bon moment, des petits sandwiches (le top étant sans conteste jambon cru et Brie !)

Impensable de ne pas consacrer le mot de la fin pour ma copilote, Martine Rick- Place, qui a joué tout au long de ces 15 jours passés ensemble un rôle si important. Ne lâchant jamais rien, Martine a été d’un professionnalisme rare, toujours concentrée et appliquée, volontaire et non moins agréable et souriante, interprétant avec aisance, justesse et talent les notes d’Yves Loubet, le sorcier de ce Rallye du Maroc Historique. Merci Martine !

Grand bravo et merci aux organisateurs

C’est sans aucun doute le rallye le plus marquant de tous ceux que j’ai eu l’occasion de disputer, un rallye qui ne ressemble à aucun autre. Cela commence par une photo de groupe au bord d’une piscine, pour se terminer sur un nuage rose dont les participants, organisateurs, commissaires, préparateurs, équipes d’assistance, ne descendent qu’avec grande peine. En particulier, toute l’équipe fidèle entourant Yves et José, dont le dévouement et la motivation sont des exemples pour tous. Merci Marie-France, Hélène, Philippe, Michel et Didine, Nahide, Olivier et Frédéric, Jean-Bernard, et tous les autres.

Un mot particulier pour 2 personnes, ou même personnages, qui ont animé ce rallye : Chayma s’est occupé, pendant tout le rallye, de tous les contacts avec les autorités royales, les douanes, toutes les administrations, sauvant « la vie » à de très nombreux participants. Le patronage du Roi du Maroc est le pilier de ce rallye, ouvrant toutes les portes. Sur 2’500 km, chaque croisement, intersection, giratoire, village, a été ouvert par les gendarmes et forces de sécurité du Maroc, sans doute des milliers d’hommes, et c’est incroyable ! Merci donc au Roi du Maroc et à Chayma.

En annexe, quelques détails sur la voiture, et les réponses que j’ai fournies à des questions d’Isa Crausaz, non seulement copilote, mais aussi journaliste de talent.

La Gazelle

Porsche 911 SC de 1978
Coque renforcée (cage vissée)
Moteur 3 litres, pistons haute compression
Injection Mécanique, révisée
Arbre à cames
Amortisseurs Reiger 1 voie
Barres de torsion ?
Roues en 15’’, Pneus Yokohama (dur derrière, medium devant)
Boîte à vitesses refroidie, Shifter Waevo, composants Waevo, (rapports ?)
Pont (rapport ?)
Embrayage Waevo / AP
Klaxon (y compris au pied de ma copilote)
Freins origine, plaquettes
Protection AV, kit SMG Kevlar
Protection AR, Alu
Vitres AR Lexan, Pare-brise AV assuré
Entrées d’air AV écopes, radiateurs d’huile
Double pompe à essence, circuit essence adapté, filtres
Double bobine d’allumage
Double boîtier d’allumage
Echappement ?
Sièges
Pédalier
Repose-pieds
Cale-pieds copilote
Teratrip 302 +
Electricité révisée
Portes et lèves-vitres manuels

Questions d’Isa Crausaz

Temps forts :

Chaque fin d’étape a été un pur bonheur. De pouvoir confier la voiture à André, Eric et Julien en disant qu’il n’y avait pas de problèmes à signaler. Ouvrir l’eau d’une douche chaude, puis rejoindre l’assistance en apprenant que tout était OK, puis partager un repas et un verre de rosé avec toute l’équipe sont des moments qui rendent ce rallye inoubliable.

Notre pire moment :

Sans doute lorsqu’au CH avant le départ de la dernière spéciale du rallye, la Gazelle a refusé de démarrer. J’ai insisté jusqu’à ce que la batterie montre des signes de faiblesse. En mode panique, j’ai appelé Martine et lui ai demandé de pousser la voiture en arrière car le CH était en haut d’une petite montée. Aidée par d’autres concurrents, ils ont poussé, et… rien à faire. Une personne m’a dit qu’il fallait pousser en avant. Ils ont poussé, et j’ai regardé devant moi, et vu que la lumière de la pompe à essence était éteint. Vite, enclenché la pompe 1, un coup de démarreur, et vroom.

Quelle frayeur !

Assistance et préparation :

Niveau fiabilité et performance, notre voiture. Magnifiquement préparée par André CARUSO et son équipe, elle a été exemplaire. La Gazelle 2014 est le fruit d’une étroite collaboration entre André et moi, et nos idées ont été validées. Aucun problème pendant tout le rallye, pas même la moindre crevaison. Aucun signe de surchauffe, tout au plus des petites baisses de puissance en début de rallye, sans doute causées par de la mauvaise essence. Notre équipe d’assistance a fait un travail extraordinaire, avant le rallye bien-sûr, et aussi à chaque assistance.

Grâce à des suspensions incroyablement performantes tout en étant parfaitement conformes à notre PTH, (des Reiger mono-voie ; merci ALP Racing), tous les chocs ont été parfaitement amortis, et c’est à la base de la fiabilité sur cette épreuve qui est globalement cassante. Ensuite, la boîte à vitesses refroidie, bien étagée, et couplée à un embrayage extraordinaire, ont assuré, pendant tout le rallye, des changements de rapports en douceur et en précision, sans à-coups pour le moteur.

André Caruso et Eric Minot ont constamment surveillé toute la voiture, utilisant le temps d’assistance pour non seulement nettoyer, resserrer mais aussi pour changer préventivement des pièces (exemple : un cardan avec un soufflet perforé par une pierre). Ils ont même fait une vidange boîte et moteur à mi-rallye, changé les filtres (essence, air) selon un cycle prédéfini, géré les pneumatiques et l’essence.

Le moteur a été complètement refait avant le rallye, en choisissant cette fois-ci l’injection mécanique, alliant puissance et couple, un vrai bonheur.

Par rapport à l’an passé

Pour moi, cela n’a pas été la même course, car les différents déboires mécaniques, presque depuis le départ, nous avaient un peu pourri le rallye en 2013. Cette année, tous les points que nous avions notés ont été résolus, améliorés, revus et la voiture a simplement été une merveille. Du côté de l’équipage, nous avons, Martine et moi, pu reconnaitre 19 des 25 spéciales et ce roulage a été très bénéfique, car nous avons pu prendre confiance dans les notes d’Yves Loubet que nous nous sommes engagés à ne pas modifier, préférant nous adapter nous, et ainsi pouvant faire ces 25 spéciales dans de bonnes conditions. La lecture de notes de Martine a été simplement parfaite, et j’ai pu me concentrer sur le volant. Tous les pièges ont été annoncés à temps, et je les ai respectés.

J’ai adopté depuis le début du rallye, un rythme qui permettait autant que possible de respecter la voiture, les pneus, en ne prenant pas le risque de passer des difficultés importantes (pièges) à fond. Oui bien-sûr, cela ne permet pas de gagner, mais cela nous a permis d’effectuer tout le rallye, toutes les spéciales, sans aucune pénalité, ce que peu d’équipages ont accompli.

Une comparaison des temps de plusieurs spéciales communes montre une amélioration d’environ 2 secondes au kilomètre. En discutant avec des concurrents en matière de pneumatiques, il semble que les écarts seraient très importants : des montes Michelin ou Pirelli, plus tendres, permettant des gains de 3 secondes au kilomètre. Mais faut-il faire exploser le budget pneumatiques (tripler) ?

Sans aucun doute, la Gazelle, Martine Rick et moi, ainsi que notre équipe d’assistance menée par André Caruso et Eric Minot, seront au départ de l’édition 2015, avec cette fois-ci le recul nécessaire pour hausser un peu le ton et espérer jouer un peu plus haut dans le classement. Nous n’aurons pas grand chose à améliorer, si ce n’est mon pilotage, que j’ai la ferme intention de travailler avec mon coach Julien Guyot (www.drivecontrol.fr)

Résultat

Au niveau du résultat, une place dans le top 20 était pleinement dans mon objectif avoué, mais j’avoue que le règlement ne nous a pas été très favorable, quatre concurrents devant nous ayant manqué une ou même deux spéciales tout en restant classés devant. 5 minutes de pénalité par ES non terminée ou non faite, et un temps forfaitaire de 60 km/h permettent de rouler à fond et de prendre des risques.

Nous terminons donc 1ers des Porsche non prototypes (PTH), avec une voiture 100% conforme à l’esprit du VHC.

20ème sur 91 voitures au départ et 61 à l’arrivée, 6ème de la période I (sur 24 classés).

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